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F. Joseph-Marie Liard

samedi 16 octobre 2010, par Frère Paul

Pilote dans l’Aéronavale

F. Joseph-Marie Liard {JPEG}Né en 1921 à Gentilly (Val-de-Marne), notre frère Joseph-Marie (René-Georges-Marie Liard) fait de solides études de droit et de commerce avant de se réorienter vers la Marine Nationale. Incorporé dans l’Aéronavale, il sert en Afrique du Nord et en Indochine. Décoré de la légion d’honneur – ce que plusieurs frères de la communauté n’apprendront qu’après sa mort –, il gravit peu à peu les échelons de la hiérarchie militaire.

Le mariage et le drame

En 1949, à 27 ans, il épouse « sa Ginette », né Trotte, qu’il a sans doute rencontrée au Sénégal. De ce mariage naissent rapidement deux enfants, René-Jean et Élisabeth. Les aléas des changements de bases font que la famille se trouve à Fréjus lors de la nuit catastrophique du 2 au 3 décembre 1959 : « Par l’imprudence des hommes, raconta-t-il ensuite, les évènements ont brusquement secoué ma quiétude familiale. La rupture d’un barrage [1]... beaucoup d’eau... beaucoup de victimes... Et le lendemain, il me fallait dire à mes deux enfants que leur maman était partie auprès de la sainte Vierge au Ciel. […] Coup de tonnerre dans un ciel bleu. » Ginette avait juste eu le temps d’accrocher ses enfants aux branches d’un arbre avant d’être emportée par le torrent de boue.

La lutte pour les victimes et l’entrée au monastère

Notre futur F. Joseph-Marie se bat des années durant pour faire valoir le droit des victimes, en particulier des enfants. L’impact des intérêts économiques en termes de mépris des personnes et de leurs droits les plus fondamentaux le révolte ; de là ses propos acerbes sur le monde et les institutions humaines... [2] Il va jusqu’à intenter un procès à l’État.

De façon prévisible, sa carrière piétine. Il finit capitaine de frégate 2e échelon (cinq gallons panachés). Parallèlement, il s’inscrit au cycle C de l’Institut Catholique de Paris et obtient en 1977 sa licence de théologie, avec une dissertation sur la richesse et la beauté de la maternité divine de la Vierge Marie dans l’Église.

Une fois ses enfants devenus majeurs, il entre en 1978 au monastère, résolument et sans réserve. Ordonné diacre et prêtre (en 1977-1978), il devient – fait peu commun – « un moine, un père et un grand-père heureux ». À la fromagerie, il lance la production du Régal fermier, délicieuse confiture de lait bien connue de nos hôtes et clients. Après quoi il devient portier, menuisier avec l’incomparable F. Antoine (mais à des heures différentes !), et apiculteur.

À partir de 1986, et pour dix ans, il prend la responsabilité de l’infirmerie, accompagnant dans la maladie et la mort plusieurs anciens qu’il aimait beaucoup, quatorze exactement ! C’était un infirmier bourru : le docteur avait coutume de dire que les maladies psychosomatiques disparaissaient sur le seuil de l’infirmerie ! Mais il avait un cœur d’or.

Pour finir, ce fut lui qui tomba malade... Il nous quitta, le 31 octobre 1999, peu après avoir célébré la messe dans son lit d’hôpital (en suivant le canon romain qu’il avait en prédilection). Sa chambre, par un hasard étonnant, était située au 7e étage, sous l’héliport.

Celui qui connaît mes commandements et qui les pratique, celui-là m’aime.

Portfolio

F. Joseph-Marie Liard - Extérieur (cimetière)
F. Joseph-Marie Liard
Extérieur (cimetière)

Notes

[1] Le barrage de Malpasset.

[2] Il disait par exemple que « les commensaux d’Hamlet étaient moins corrompus que les princes qui nous gouvernent maintenant. »

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